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Comprendre la dépression quand tout perd son goût, sans se laisser définir par elle

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Il y a ce moment. Vous vous réveillez, et déjà, avant même d’ouvrir les yeux, vous sentez ce poids. Pas une douleur vive. Une lourdeur. Comme si une couverture de plomb s’était posée sur vous pendant la nuit. Vous savez que le café sent bon, que vos proches vous attendent, que la journée a des choses agréables à offrir. Mais la couverture est là. Et elle étouffe tout.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez que vous n’êtes ni paresseux·se, ni ingrat·e, ni « trop fragile ». Vous traversez probablement un épisode dépressif. Et c’est un phénomène médical et neurologique, qui se traite, et non une condamnation de votre personnalité.

La dépression n’est pas une humeur. C’est un état.

On confond souvent dépression et tristesse. Pourtant, la tristesse a un objet. On pleure une perte, une déception, un adieu. La dépression, elle, décolore le monde entier. Les choses que vous aimiez ne vous touchent plus. Les efforts semblent inutiles avant même d’être tentés. Même se lever pour se doucher devient un projet titanesque.

Le guide d’autosoins pour la dépression, développé par le Centre for Applied Research in Mental Health and Addiction (CARMHA), explique que la dépression altère trois sphères, soit les pensées (négatives, automatiques), les comportements (retrait, isolement) et les émotions (vide, culpabilité). Ce n’est pas un état d’esprit que l’on choisit. C’est un système entier qui se met en veille.

« Mais les autres ont de vrais problèmes… »

Cette phrase, vous vous l’êtes déjà dite. Elle est peut-être la plus toxique de toutes. La dépression ne consulte pas votre CV avant de frapper. Elle ne vérifie pas si vous avez « le droit » de souffrir. Vous pouvez être entouré·e, employé·e, fonctionnel·le, et traverser un enfer intérieur.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) insiste sur l’importance de ne pas minimiser un épisode dépressif, même quand la vie semble « bien se passer » de l’extérieur. La souffrance psychique n’a pas besoin d’un permis.

Les trois piliers pour remettre la machine en route

Le guide CARMHA propose une approche en trois volets, décrite dans son guide d’autosoins. Pas de magie. Juste des petits pas, répétés, dans le bon ordre.

1. Réactiver sa vie (même quand on n’en a aucune envie)

La dépression vous dit « Reste au lit, tu es épuisé·e. » Si vous obéissez, le circuit de la récompense cérébrale, cette zone qui vous fait ressentir du plaisir, s’atrophie un peu plus. C’est un cercle vicieux.

La solution ? L’activation comportementale. Planifiez une activité chaque jour, aussi modeste soit-elle. Marcher 10 minutes. Prendre une douche. Envoyer un message à un ami. Vous n’attendez pas d’avoir envie pour agir. Vous agissez pour recréer l’envie.

2. Penser de manière réaliste (la grille de confrontation)

Quand vous êtes déprimé·e, vos pensées ne sont pas « fausses ». Elles sont simplement biaisées, comme si vous portiez des lunettes de soleil teintées noir. Tout paraît sombre, mais ce n’est pas la réalité du monde, c’est la réalité des lunettes.

Prenez une feuille. Divisez-la en trois colonnes selon les catégories suivantes.

  • Pour la situation, qu’est-ce qui s’est passé ?
  • Pour la pensée automatique, qu’est-ce qui m’a traversé l’esprit ? (par exemple, « Je suis nul·le, je vais rater ma présentation. »)
  • Pour la pensée réaliste, que dirais-je à un ami·e dans la même situation ? Quelles preuves contredisent cette pensée ?

Cette technique, issue de la thérapie cognitivo-comportementale, occupe une place centrale dans le guide d’autosoins du CARMHA. Elle ne consiste pas à « penser positif ». Elle consiste à penser juste.

3. Résoudre les problèmes avec efficacité

La dépression rend les problèmes immenses, flous, insurmontables. L’astuce ? Les découper. Un problème comme « Ma relation va mal » devient « Quel est le sous-problème concret d’aujourd’hui ? » Puis, « Quelles sont trois solutions possibles, même farfelues ? » Puis, « Laquelle puis-je tester cette semaine ? »

La dépression ment. Elle vous dit que vous n’avez jamais été heureux·se, que vous ne le serez plus jamais. Ces pensées sont des symptômes, pas des vérités. Traitez-les comme vous traiteriez une fièvre, comme un signal, pas comme une sentence.

Votre pas à pas d’aujourd’hui

  • Aujourd’hui, à l’heure du déjeuner, écrivez sur un papier (ou sur votre téléphone) une seule activité que vous faisiez avant et qui vous apportait un minimum de satisfaction. Pas besoin que ce soit « le voyage de vos rêves ». Ça peut être écouter un album, faire un tour de pâté de maison, préparer une recette simple. Planifiez-la pour demain. Mettez un rappel. Et faites-la, même à 30% de votre énergie habituelle. Si vous avez des pensées de mort ou d’auto-agression, contactez immédiatement une ligne d’écoute ou les urgences. La dépression se traite. Vous ne devez pas porter ce poids seul·e.

Ce que cette approche ne fait pas

La thérapie cognitivo-comportementale demande des exercices entre les rencontres et des mises en situation progressives, qui peuvent raviver la détresse au début. Elle se prête mal à un épisode aigu, à une période de sevrage d’alcool ou de médicaments, à un risque suicidaire immédiat, ou à une fatigue dont l’origine médicale n’a pas encore été évaluée. Devant un risque suicidaire immédiat, les ressources d’urgence et l’urgence de votre secteur passent avant toute démarche de suivi. Elle ne remplace par ailleurs aucun suivi médical.

Les limites et les contre-indications sont reprises en détail sur la page Dépression.

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